Pompéi : une ville romaine figée par le Vésuve
Le 24 ou 25 octobre 79 apr. J.-C. (la date fut récemment précisée grâce à l'inscription d'un chantier découverte en 2018 mentionnant le 17e jour avant les calendes de novembre), le Vésuve entra en éruption et recouvrit les villes de Pompéi, Herculanum et Stabies sous des mètres de cendres, de lapilli et de coulées pyroclastiques. Cette catastrophe, racontée dans deux lettres remarquables de Pline le Jeune à Tacite, devint involontairement l'une des plus grandes aubaines de l'archéologie mondiale : Pompéi, ville d'environ 11 000-20 000 habitants, fut préservée presque intacte pendant dix-sept siècles.
La découverte et l'histoire des fouilles
Des sondages épisodiques dès le XVIe siècle révélèrent des ruines sans que leur nature fût identifiée. Les fouilles systématiques débutèrent en 1748 sous la direction du colonel Alcubierre, sur ordre du roi Charles III de Bourbon. Le site fut d'abord traité comme une carrière d'objets précieux — fresques, mosaïques, statues — sans souci de contexte archéologique. La méthode s'améliora lentement au XIXe siècle. Giuseppe Fiorelli, directeur des fouilles à partir de 1860, introduisit l'enregistrement systématique des contextes, la numérotation des îlots et des maisons, et surtout la technique des moulages : en injectant du plâtre dans les cavités laissées par les corps décomposés dans les cendres consolidées, il reconstitua les postures des victimes au moment de leur mort.
La topographie et l'organisation urbaine
Pompéi couvrait environ 66 hectares entourés d'une muraille de 3,2 kilomètres. Son plan irrégulier, organisé autour d'un forum central rectangulaire, reflète une évolution sur plusieurs siècles. Les rues pavées de basalte portent des ornières creusées par les roues de chariots. Des blocs de pierre permettaient aux piétons de traverser sans se salir lors des pluies. Des trottoirs protégeaient les façades. Des fontaines publiques (lacus) fournissaient l'eau courante.
Le forum concentrait les bâtiments civiques (curia, basilique, comitium), les temples (Jupiter, Apollon, Vespasien), les marchés (macellum) et les bâtiments d'eumachia. Les quartiers résidentiels variaient des grandes domus aristocratiques aux appartements en étage au-dessus des boutiques. Des insulae — immeubles de rapport — hébergeaient une population plus modeste.
La vie quotidienne restituée
Pompéi est sans équivalent pour la restitution de la vie quotidienne romaine. Des menus inscrits sur des ardoises de thermopolia (restaurants-comptoirs) mentionnent plats et prix. Des panneaux électoraux peints sur les façades recensent les candidats et leurs soutiens. Des inscriptions obscènes et des publicités commerciales couvrent les murs. Des moulages de la boutique d'un chirurgien ont conservé ses instruments. Des boulangeries ont livré leurs meules, leurs fours et même des pains carbonisés encore dans leur moule.
L'étude des squelettes des victimes (environ 1 100 retrouvés) révèle des données biologiques et sociales : régimes alimentaires, pathologies, statuts (esclaves identifiés par leurs chaînes, gladiateurs par leurs blessures cicatrisées). Des analyses ADN sur des squelettes retrouvés ensemble ont déterminé si les personnes étaient ou non des proches biologiques.
Les nouvelles fouilles : Pompéi redevient chantier
Après des décennies dominées par la conservation d'une ville déjà fouillée aux deux tiers, le Grand Projet Pompéi (lancé en 2012 avec un financement européen) a relancé les fouilles préventives dans la Regio V, la zone encore non fouillée au nord du site. Les résultats ont été spectaculaires : fresques parfaitement conservées de décors mythologiques et érotiques, une chambre avec deux victimes dont l'une semble avoir survécu à la première phase de l'éruption avant d'être tué par une coulée pyroclastique, des squelettes de chevaux sellés, un char de cérémonie intact.
Le défi de la conservation
Pompéi affronte un paradoxe : les parties fouillées se dégradent plus vite que les parties encore enfouies. L'humidité, les champignons, les insectes, les visiteurs et la végétation attaquent les fresques et les maçonneries depuis les premières fouilles. Des effondrements spectaculaires (la Maison des Gladiateurs en 2010) ont alerté l'opinion. Le Grand Projet Pompéi a investi 105 millions d'euros dans la restauration des structures les plus menacées et dans l'amélioration du drainage.
Herculanum : la ville oubliée
Si Pompéi concentre l'attention, Herculanum — la ville voisine couverte par une coulée pyroclastique plus profonde — offre une fenêtre différente et souvent plus spectaculaire sur la vie romaine. Recouverte de plusieurs mètres de roche volcanique consolidée, la ville est moins fouillée mais mieux conservée : des structures s'élèvent à deux ou trois étages, des boiseries carbonisées sont encore visibles dans leurs logements, des aliments sont carbonisés in situ dans des récipients.
La bibliothèque de la Villa des Papyrus, retrouvée au XVIIIe siècle lors des fouilles bourbon iennes, contenait environ 1 800 rouleaux de papyrus carbonisés dont le contenu est progressivement récupéré par des techniques d'imagerie numérique. Le Herculaneum Conservation Project, dirigé par le British School at Rome depuis les années 2000, a entrepris un travail systématique de stabilisation et de documentation des structures exposées.
Les données numériques de Pompéi
La numérisation de Pompéi est l'un des plus grands projets de documentation archéologique numérique au monde. Des équipes internationales ont produit des modèles 3D photogrammétriques de dizaines de maisons, des reconstitutions virtuelles de fresques et de jardins, et des bases de données de tous les objets connus depuis les premières fouilles du XVIIIe siècle. Le projet « Pompeii Bibliography and Mapping Project » de l'Université de Massachusetts Amherst a cartographié et inventorié l'ensemble des données disponibles depuis 250 ans de fouilles.
Ces outils numériques permettent aux chercheurs du monde entier d'accéder aux données sans avoir à se rendre sur site, ouvrant Pompéi à une communauté scientifique mondiale. Ils permettent aussi des comparaisons synchroniques (comment la même maison a-t-elle été documentée différemment par trois équipes successives ?) et diachroniques (comment la ville a-t-elle changé entre le IIe siècle av. J.-C. et 79 apr. J.-C. ?).
Pompéi comme laboratoire social
Pompéi est souvent présentée comme un instantané de la vie romaine, mais cette image doit être nuancée. C'est un instantané d'une ville particulière, à un moment particulier, dans une région particulière (la Campanie) et à un stade particulier de son développement (la ville venait de subir un tremblement de terre en 62 apr. J.-C. et était en pleine reconstruction). Ses caractéristiques ne sont pas nécessairement typiques de toutes les villes romaines.
Malgré ces limites, la profondeur des données disponibles a permis des études sociales d'une sophistication croissante : la distribution des activités artisanales et commerciales dans l'espace urbain, la composition ethnique de la population (déterminée par les noms sur les inscriptions), les conditions de vie des esclaves et des affranchis, la géographie sociale des quartiers. Des chercheurs comme Andrew Wallace-Hadrill ou Steven Ellis ont produit des synthèses transformant notre compréhension de l'économie et de la société romaine à partir des données pompéiennes.
À explorer sur la carte
Pompéi, Herculanum et le site de la villa des Mystères sont répertoriés sur la carte avec leurs horaires et informations pratiques.